____E n état de stress absolu depuis les quelques jours précédant la rentrée, j'avais fait sonné mon réveil pour six heures. L'heure à laquelle les futurs lycéens étaient autorisés à rentrer étant pourtant de dix heures. Toujours dans ce même esprit de hâte et d'appréhension, j'avais consacré une demi-heure de mon temps, bol à la main, bouche grande ouverte et regard perplexe, à fixer mon armoire grande ouverte. Qu'allais-je mettre ? Comme si je ne m'étais pas déjà amplement penché sur le « problème ».
____ Cette nouvelle et belle liberté que nous offrait le lycée prenait beaucoup de formes dans mon esprit*, et la « liberté vestimentaire » en était bien une. Dans l'enceinte du collège - le mien ayant été particulièrement propice aux mauvais regards en coins et critiques à peines voilées, de façon constante, de part sa relative petitesse - elle n'existait pas. Peur, timidité, nous pouvons bien dire ce que nous voulons, mais je ne suis certainement pas la seule à avoir refusé de porter ceci au collège, pour ne pas avoir à « tester » des réactions facilement prévisibles. En tout les cas, je me refusais souvent le port de vêtements ou autres, qui me plaisaient, pour éviter tout jugements qui sauraient me couvrir de honte. Au lycée, tout me paraissait bien différent. Le mien allait être d'un telle grandeur, tant d'élèves allait s'y voir défiler, que ma petite personne et ce qu'elle pouvait bien porter me paraissait assez insignifiante aux yeux de tous. Je pouvais donc bien m'autoriser n'importe-quoi, car s'il y aurait critiques, elles n'allaient certainement pas être d'une aussi grande envergure que celles du collège.
____ Le problème résolu, je me hâtais de donner à mon apparence un aspect convenable, ce qui fut loin d'être une mince affaire, étant donné l'épaisseur nouvelle de mes cheveux, dût au fait d'avoir de les avoir frotté contre mon oreiller, pendant mon sommeil.
____ Quand j'eus très nettement mon lycée en vue, mon c½ur se mit à battre follement. Il me suffisait de tourner la tête pour apercevoir un peu plus loin mon collège, dans lequel je ne pénétrerais certainement plus jamais.
____ Il y avait peu de personnes, cette journée allant être consacrée à la seule rentrée des troisièmes en seconde. Hormis ceux qui ne venait pas directement de mon ancien collège, je connaissais donc à peu près tout le monde. Après deux mois passés sans avoir vu presque aucuns de mes amies et amis libournais, je ne put m'empêcher de sourire quand je les virent m'accueillir bras ouverts. Etrange sensation que celle de se revoir, pour être bientôt séparés. Et oui, malheureusement, mon futur lycée allait se faire un grand plaisir de démanteler une à une les classes que nous formions au collège, histoire de maximiser les chances pour chacun, de se retrouver seul. J'exagère. En vérité, la répartition des élèves dans leur classes, allait se faire en fonction des choix scolaires de chacun. Bien heureusement, plusieurs de mes amies avaient choisi la même option que la mienne, qui étais celle de Science économiques et sociales. Allez savoir pourquoi je n'ai pas eu le cran d'opter pour une troisième langue, moi qui avait pourtant clairement fait comprendre que j'allais m'orienter vers ce choix.
____ J'étais arrivé relativement tôt, comme beaucoup. C'est pourquoi, petit à petit, nous vîment arrivé de nouveaux visages, familiers ou non. Après un long temps à bavarder, raconter, se demander, stresser, un petit groupes d'élèves entrèrent dans le lycée. Curieux, nous finîment par les suivre, et finalement, nous entrèrent tous. Je connaissais déjà mon lycée, mon collège ne possédant pas son propre « self », nous venions y manger chaque midi. Soyez étonnés, je le fut aussi. Heureusement, la distance qui séparait le collège du lycée était très courte, et en à peine quelques minutes, nous arrivions à bon port.
____ De grands tableaux blancs étaient disposés dans une des nombreuses cours principales. Tels des fourmis s'agglutinant sur une pâte de fruit que l'on aurait fait tombé, nous nous jetâmes sur ceux-ci. C'est bien eux qui allaient nous indiquer « avec qui on était », et « avec qui on était pas ». Pour ma part, je ne fut pas tellement déçu par mon sort, qui me fit être dans la classe d'un de mes très bon ami, et d'une amie que j'allais pouvoir d'avantage connaître, le collège ne me l'ayant pas permis, ainsi que de bref connaissances. Certains auraient eu moins de chance.
____ Le lycée est un choix que vous avez fait, il est donc obligatoire que vous fournissiez un travail constant. Voici un très bref résumé du long dialogue auquel moi et ma nouvelle classe avons eut droit, après s'être finalement fait accueillir par notre professeur principale. Moi qui n'étais pas encore remise de la laborieuse ascension de ces escaliers dont regorgeaient le lycée, et du long cheminement vers la bonne classe, en passant par d'innombrables couloirs identiques les uns aux autres, j'eus du mal à tout de suite me concentrer. Il le fallut bien, pourtant, surtout quand, avec cette chance qui m'était bien propre, on me désigna, aléatoirement, délégué provisoire. J'eus droit à " Que la désignée Emilie se lève et se présente à la classe très rapidement ". Passons sur ce petit épisode fort déplaisant, qui me valut une belle paire de joues toutes rouges.
____Je mis une quinzaine de jours avant de m'habituer à ma classe, qui se trouvait finalement bien sympathique. En l'espace de deux semaines, un climat relativement cool s'y était progressivement installé; mais un climat incomparable à celui que j'avais dans mes classes de collège. Le temps de mémoriser tout les noms, fut plus long. Après un mois, je réussis enfin à interpeler quelqu'un, sans qu'une autre personne, à l'autre bout de la classe, ne se retourne vers moi, sourire aux lèvres. Niveau travail, rien de bien méchant. Certes, mon agenda avait tôt vite fait de se remplir, page par page, de contrôles et d'exercices en tout genre, mais, contrairement à ce que l'on m'avait tant répété, la barre n'avait pas monté d'un cran. Du moins, pas encore. Et c'est sur ces derniers mots, que je sens le stress monter...
* s'en référer à l'article [Who am I ? I'm a teenager !] où je parle de trois formes de libertés que nous confère le lycée.